Ôde à mes plumes

« À l’ombre vacillante d’un été de braise,
Quand le soleil, souverain, écrase les chemins,
Je cherche un frais silence où ma pensée s’apaise,
Et j’y déploie mes plumes entre l’encre et mes mains.

Ô vous, fines compagnes aux âmes différentes,
Qui prêtez à mes songes vos élans singuliers,
L’une danse légère en arabesques chantantes,
L’autre grave l’infini en traits plus arqués.

D’acier, la plume court comme une eau vive,
Précise et majestueuse, sous la chaleur qui tremble ;
Elle sculpte horizons, feuillages, autres rives,
Et bâtit dans le blanc des univers qui s’assemblent.

Souple, la plume, elle, ressemble à quelque roseau
Que le vent du matin incline sans le rompre ;
Son trait s’effile, enfle, et devient ruisseau,
Puis murmure à la page un secret qui devient promptement ombre.

J’aime aussi les becs larges aux généreux sillons,
Qui déposent l’encre d’or en profondes récoltes ;
Leurs passages féconds sont comme des chansons
Dont chaque note demeure et jamais ne se révolte.

Sous les tilleuls brûlants où l’air paraît dormir,
Quand la cigale invisible use son chant atone,
Mes plumes savent encore rafraîchir sans faillir
D’un simple filet d’encre où mon regard s’étonne.

Car chacune possède une humeur, un caractère :
L’une est sage et mesurée, une autre audacieuse ;
L’une aime le détail, l’autre le geste clair,
Et toutes sont pour moi des amies précieuses.

Ainsi, tandis qu’au loin l’été flambe et rayonne,
Je célèbre en silence leur fidèle beauté ;
Mes plumes sont des oiseaux que ma main abandonne
Pour semer ombre et rêve au cœur de l’été ».

Clotilde Cazamajour

Suivant
Suivant

Beautés empoisonnées